De la réconciliation au Burkina-Faso, inquiétudes et perspectives Pourquoi aller sur le sentier de la réconciliation au Burkina ?

Publié le par Crieur public

De la réconciliation au Burkina-Faso, inquiétudes et perspectives  Pourquoi aller sur le sentier de la réconciliation au Burkina ?

Situé au cœur de l’Afrique de l’ouest, le   Burkina – Faso est un pays sahélien d’une superficie d’environ 274 000 Km2  et  enclavé. Il partage ses frontière avec : le  Mali, le  Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte-d’Ivoire. Jadis il s’appelait la « HAUTE VOLTA », devenue BURKINA FASO (pays des hommes intègres) en 1984 par le président révolutionnaire thomas Sankara, la figure emblématique  de la révolution africaine qui n’est plus à présenter. Mais  Pourquoi parler de la réconciliation au pays hommes intègres ?

Après le règne du président Maurice Yameogo le  père l’indépendance  à l’époque de la haute volta, l’insatisfaction dans la gestion lui a valu un renversement, ce fut le soulèvement populaire, le 3 janvier 1966 soit six ans après l’indépendance. Pour dire que le peuple burkinabè a une culture de liberté, de recherche de la justice et de la vérité depuis le lendemain des indépendances. Mais le truchement de l’histoire ne tardera pas à tout remettre en cause comme  la saison des pluies.

 En effet, l’évolution politique du pays va s’opérer à travers  des répétitions de coup d’État, d’abord des colonels et  ensuite des capitaines. Ce qui va entrainer un dérapage violent du débat politique avec des crimes de sang et des exécutions sommaires. En effet,  la violence opère son entrée en politique  par un jour du  25 Novembre 1980 lorsque le colonel Saye Zerbo neutralise la troisième république, arrête et emprisonne les anciens dignitaires sans jugement. C’est l’avènement du comité militaire de  redressement pour le progrès national, en abrégé  le  CMRPN.

 Le 7 Novembre 1982, des jeunes officiers liquident à leur tour le CMRPN et instaurent le CSP, le conseil de salut du peuple. Un médecin commandant, Jean Baptiste Ouédraogo  retire les rênes du pouvoir. Pour la première fois dans l’histoire du pays des hommes sont tués pour le pouvoir. On dénombre des victimes collatérales mais aussi la mort d’un officier supérieur,  le lieutenant-colonel de gendarmerie, Nézien Badembier Pierre claver, l’ancien ministre de l’intérieur abattu. Et depuis lors, la mort se mit à s’emparer du pouvoir jusqu’à l’assassinat de thomas Sankara lui-même et de certains de ses compagnons. Blaise Compaoré qui prend les commandes navire n’en fera pas sur de la dentelle. Les liquidations vont se poursuivre, des camps militaires entiers serait investis, la chasse aux sorciers  tout le long de son règne. Pour calmer le jeu politique, il finit par invoquer Métis (déesse de la ruse), ainsi   la réconciliation nationale prend une forme. 

Le 11 février 1992 a lieu le premier forum de réconciliation au conseil Burkinabè des chargeurs, CBC. Ce fut suite à l’assassinat d’oumarou clément Ouédraogo à la grenade décembre 1991. Le 21 Mai 1999, on parlera encore de réconciliation politique suite aux remous de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo qui  ébranlèrent le République. Un collège des sages proposera des recommandations qui iront loger aux placards : une réconciliation sur la formule du plaidoyer de la culpabilité  fondée sur l’aveu, et inspirée du modèle sud –africain. …. Ensuite viendra la journée de la paix du 30 mars 2000. Etc…

 Si l’on ne parle plus  que de réconciliation  nationale  comme l’hostie consacrée  de l’air du temps aujourd’hui, cela s’explique  par l’histoire et ses contradictions y compris les stratégies politiques. Entre-temps après une insurrection, il fut question d’un appel encore à la réconciliation : l’appel de manega qui mobilisa des leaders d’opinion et des coutumiers y compris des religieux. Ainsi 11 sages seront proposés pour donner leur contribution. 

Tout le monde s’agite,  les politiques, les organisations de la société civile (OSC), les  coutumiers et les masques, c’est parce que l’insécurité communautaire et terroristes a accentué les périls. Les petits nageurs aussi, les opportunistes des questions nationales. Sans rien  savoir de la dichotomie entre les formes de réconciliation, les passions explosent. Pourtant, il y a une différence entre la réconciliation aux lendemains d’une guerre violente, et la réconciliation après un génocide et encore la réconciliation politique. Mais il faut conceptualiser et repérer les potentialités et les contraintes  du processus  avant d’envisager des grandes actions. La réconciliation suppose des dispositions, autant qu’une vision et des acteurs historiques charismatiques.

 Ce n’est donc pas une panacée que de réconcilier.

Réconciliation politique

Dans la réconciliation politique, les adversaires cessent d’être des ennemis. Ils discutent ensemble dans l’intérêt supérieur de la Nation et font des compromis bien que cela  soit fondé sur le partage du pouvoir et l’équilibre des intérêts.

Toutefois, il faut opérer une distinction par rapport à la portée et aux objectifs ainsi qu’à l’intensité de la violence subie par les victimes, causée par l’agresseur  ou infligée aux autres victimes collatérales. La réconciliation peut en effet être maximale ou minimale selon  que ses objectifs soient intermédiaires ou définitifs.

La réconciliation est minimale lorsque les forces en présence refusent les confessions, refusent de se pardonner et visent la coexistence jusqu’à la prochaine flamme qui va provoquer les ravages de l’incendie de la haine.

Là, la réconciliation n’est qu’un simple Modus vivendi, une manière de calmer temporairement le jeu avant une nouvelle poussée de violence qui consterne encore tout le monde.

  Elle est maximale quand elle  est totale et complète. Dans ce sens, au –delà du vivre -ensemble, la réconciliation prône un continuum  dans l’harmonie, la paix et la sécurité. Cette forme de réconciliation met  en évidence le dialogue entre la victime et le bourreau. Le premier exprime ses souffrances et le second reconnait les lui avoir infligées. Et d’un commun accord, ils décident de pardonner, tourner la page et s’accepter pour une nouvelle vie.

Le cas du Rwanda est le plus parlant avec ce petit documentaire. Nous  oublions pas le cas de l’Afrique du Sud qui ne voulant pas compromettre le processus a mis sur pieds la Commission Vérité et réconciliation (CVR) établie en 1995 pour faire la lumière sur les violations des droits de l’homme les plus graves (les assassinats, les enlèvements, les violes …), commises entre le 1er mars 1960 et le 10 mai 1994. La recherche de la « vérité » sur les excès du passé, considérée comme une étape nécessaire pour amorcer le processus de réconciliation, incarne l’approche conceptuelle et pratique qui caractérise le passage à la démocratie en Afrique du Sud. Le Burkina Faso peut s’en inspirer ou trouver sa propre voie selon son histoire, sa culture et ses lois.

Pourquoi le gong de  la réconciliation a  continué de sonner au Burkina Faso, y a- t-il eu une guerre violente, un génocide ou encore controverse  politique ?

Le Burkina n’a pas connu une guerre violente ni un génocide. Peut-être une controverse politique mais le problème réel ici c’est l’impunité et la lumière  de la justice qui ont justifié une insurrection avec de très violents incidents multiformes sans précédents.

Certes, vivre ensemble, c’est faire des erreurs, les réparer et continuer  sont une dynamique des sociétés modernes. C’est ce qui explique que l’homme est humain et l’erreur est humaine.

Pour faire la réconciliation, il faut se réconcilier avec soi -même d’abord avant d’élargir l’espace de sa tante vers les autres.

Un peuple doit se réconcilier pour éviter la morgue des innocents qui meurent pour rien que  de la bêtise de l’intolérance. Il y a eu Yirgou, il  y a eu Arbinda et tous les autres fantômes de l’apprentissage douloureux du vivre-ensemble. L’on se rappelle des polices politiques  de l’ancien régime qui tuaient « et puis il n’y avait rien ».  Le peuple est souverain. Thomas Sankara  demande à parler, Norbert ZONGO aussi pour paraphraser l’artiste du reggae. Henri Zongo demande à parler, Lingani et les autres aussi.

La réconciliation, c’est le dialogue fondé sur la justice et la vérité, le plus souvent. Parler c’est un acte dont il faut respecter les décisions. Mais comment se réconcilier sans vérité ni justice ? Les burkinabè devront y  répondre. L’on se rappelle la journée nationale du pardon du 30 mars 2000 qui n’a rien donné autre que de permettre à un régime aux abois de gagner du temps en calmant le jeu politique.

 Comment se réconcilier si l’on sait que l’idée de la  réconciliation aura été mille fois utilisé par le régime  qui dura  27 ans pour des fins politiciens et dilatoires : cadre de concertation,  gouvernement d’union nationale et de réconciliation, forum de réconciliation national, conseil des sages etc.

 Le peuple doit se réconcilier mais il ne peut le faire sans être à la fois le marbre et le sculpteur qui doit s’asséner des coups de marteau pour briser les débris de la désunion.

 En dehors de toute dystrophie,  c'est-à-dire de tout utopisme naïf, la réconciliation suppose une communauté d’intérêt ou un équilibre entre les intérêts des parties qui comptent dans la géopolitique nationale.

 Comment aller donc vers la vérité lorsque tout le monde en a peur ?

Comment allez au fond des choses lorsque tout nage en surface ?

Simple question, derrière lesquelles se joue le destin de tout un peuple.

 Au Burkina –Faso, la mort a longtemps attrapé  les forts et les faibles. Des officiers ont été abattus. Puis la mort est devenue maitresse de la politique. Les élites ont choisi entre vivre en silence en s’enrichissant ou dénoncer et périr à la grenade comme Oumarou Clément Ouédraogo et les autres malheureux.

 Face à l’amnésie de la mauvaise foi, l’histoire interpelle car aucun peuple ne peut se réconcilier dans le mensonge ni les fuites en avant.

S’il est vrai que la justice et la vérité sont les deux béquilles  de la réconciliation, quel sont les mécanismes mis sur pied pour une réconciliation réussit au Burkina Faso ?

Le capitaine Noel Isidore Thomas Sankara, le premier président du Burkina Faso  est mort, abattu  froidement par un faux frère le 16 octobre 1987 rendant le ciel du pays des hommes intègres sombre d’horreur  et alors ?  Norbert Zongo, journaliste burkinabè  du journal l’indépendant est mort, tué atrocement par la tyrannie au  soir du 13 décembre 1998 A Sapouy. Et alors ? La vie continue, clament certains dans une arrogance et la pesanteur de l’appartenance au régime sur place. Blaise est un grand, parce qu’il permettait à des perroquets savants de garnir leurs assiettes.

La démocratie de l’abdomen pose problème malgré son effervescence futile qui en découle. Et pourtant, il faut se réconcilier selon la lettre et l’esprit de la sagesse. Cela est un défi. Or  les grands  peuples sont ceux qui relèvent les grands défis.  C’est ce que l’histoire retiendra  d’ailleurs du Burkina à travers ses fils et ses filles.

La cloche de la réconciliation a sonné tellement fort qu’en 2000, la date  du 30 mars est faite une  journée de mémoire pour les martyrs, de défense des droits humains et de la démocratie : journée de pardon. C’est l’occasion pour les acteurs politiques et sociaux de faire le point sur le respect des droits de l’homme et l’application de la démocratie dans le pays. Cette date ne doit pas  être  seulement mot mais aussi une action. Le  monument aux martyrs bâti dans la dynamique du pardon  « Plus jamais ça ! »  Trône comme un vestige oublié de tous. Cette initiative  ne connaitra pas de succès après   que plusieurs éditions ce sont succédées. La voix des victimes de l’injustice depuis l’au-delà déchire le ciel.

Monuments de journée de pardon

Tellement l’injustice et l’impunité ont atteint le paroxysme, que le peuple  fut  contraint de se lever et de mettre des gens dehors. Rien n’a pu le retenir vers sa conquête de justice et réparation des torts. Le 30 et 31 octobre 2014 marquent l’expression de ce ras-le-bol et l’exercice du droit du ciel des peuples (la possibilité de se révolter). Le peuple dans les rues, a demandé tout simplement le départ de l’ancien président du Burkina Faso. En effet le peuple l’accuse de cautionner les crimes. La répression était face au  peuple. A balle réelle, elle a tiré et le peuple  à payer une lourde tribu de sueur, de sang  et d’espérance  des burkinabè et partant de tous les peuples opprimés.  Sous la transition, un monument sera baptisé monument des martyrs du 30 ,31 octobre 2014. Les martyrs tombés doivent servir à quelque chose d’utile en préservant les survivants du risque d’une autre saison noire. 

Comme si toute cette tragédie ne suffisait pas, voilà le  coup d’État du septembre  2015  vient donner le coup de grâce. 

La bonne volonté  de la réconciliation  est tellement entretenue  qu’un ministère d’État  fut institué  à cet effet. Mais est-ce que c’est ce qu’il faut pendant que nous  nageons  dans l’impunité ?

Ledit ministère fonctionnera-t-il vraiment ou ne sera-t-il qu’un autre machin de récompense politique ? 

Nous n’osons pas y  penser car les attentes sont grandes et les défis immenses, autant que l’aspiration populaire des masses. Mais quels en seront les mécanismes pour que le processus réussisse ? En effet, la réconciliation dans  les salons feutreux ne peut être efficace du point de vue philosophique.  

 Mais, enfin, pourvu que la réconciliation ne soit pas ce tunnel  labyrinthé et obscur tant attendu de tous qui ne mène nulle part.

Gageons, espérons et croisons les doigts que l’intérêt supérieur de la Nation prendra le dessus sur les intérêts égoïstes et que la réconciliation peut aboutir sans des obstructions partisanes. La réconciliation est avant tout, une question de volonté politique exclusive !

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